Guide du Data Center Durable et Acceptable – Partie 3 : L’Urbanisme et le Territoire

L'essentiel pour décider :

Un data center est un objet d’aménagement structurant. Il modifie le paysage, mobilise des réseaux et entre en concurrence avec d’autres usages du sol. Son acceptabilité repose sur la maîtrise de son emprise foncière et sur la qualité de son intégration architecturale.

Urbanisme Partie 3 du Guide du Data Center Durable et Acceptable

Questions fréquentes sur l'Urbanisme et le Territoire

Non, si le projet est conforme au PLU. Comme l’explique Gilles Poux (Maire de La Courneuve), des tentatives de refus ont été déboutées au tribunal. Le vrai levier est l’anticipation : en intégrant les data centers dans le PLU/PLUi avant l’arrivée du projet, la collectivité peut flécher les localisations compatibles, encadrer les hauteurs, la pleine terre et les exigences architecturales, et ainsi négocier dans de bien meilleures conditions.

Les data centers sont rattachés à la sous-destination ‘entrepôt’ depuis l’arrêté du 22 mars 2023. Les PLU/PLUi peuvent en conséquence flécher les zones d’implantation compatibles, encadrer les hauteurs, la pleine terre, le stationnement (souvent surdimensionné pour les entrepôts mais inutile pour les data centers) et les exigences architecturales. À Plaine Commune, La Courneuve et Marcoussis, des PLU anticipatifs ont permis de négocier dans de meilleures conditions.

Le ZAN (Zéro Artificialisation Nette) vise à stopper l’extension des surfaces imperméabilisées d’ici 2050. Pour les data centers, cela implique de privilégier les friches industrielles et les zones déjà artificialisées, de favoriser la verticalisation et la compacité des bâtiments, et d’exiger des règles de pleine terre dans les PLU. L’Indice d’Efficacité Foncière (IEF), proposé dans la Partie 5 du guide, aide à évaluer et comparer les projets selon ces critères.

Oui, à condition d’exiger la qualité architecturale dès le permis de construire. À Vélizy-Villacoublay, le Maire Pascal Thévenot impose des exigences strictes : tous les équipements techniques intégrés à l’intérieur, aucun groupe électrogène visible, pleine terre préservée. Le projet NDC Vélizy (architecte Silvio D’Ascia) intègre data center, serre urbaine et bureaux PME. Le recours à la qualification d’intérêt général permet également de réduire les obligations de stationnement.

Les data centers génèrent un bruit continu (systèmes de refroidissement) et des pics lors des tests réguliers des groupes électrogènes. Des contentieux ont contraint des opérateurs à revoir entièrement leurs systèmes (Interxion à La Courneuve, Zayo rue Poissonnière à Paris). Une étude acoustique robuste, des prescriptions à la source (encoffrement, silencieux) et des clauses de suivi en exploitation sont indispensables dès la phase d’instruction.

La concentration de méga data centers crée des risques de vulnérabilité (Arnaud Lodiot, Métropole Grand Lyon). Des architectures plus distribuées et maillées offrent une résilience supérieure : si un site tombe, les autres prennent le relais (Norbert Friant, Rennes Métropole). Geoffroy Boulard (Métropole du Grand Paris) souligne l’intérêt des solutions discrètes — petites infrastructures en sous-sol ou bien intégrées — permettant un maillage territorial moins intrusif.

L’Observatoire est une plateforme ouverte à tous les acteurs de l’écosystème — élus, opérateurs, aménageurs, experts, consultants. Accessible 👉 ici 👈. Les participants peuvent partager leurs retours d’expérience, contribuer à l’affinage des indicateurs ICE, IPH et IEF, accéder aux bonnes pratiques référencées et participer aux colloques et ateliers physiques organisés par Ville de Demain, France Urbaine et Paris–Île de France Capitale Économique.

« Tant que les acteurs privés respectent les règles d’urbanisme, ils peuvent aménager librement. Nous ne pouvons pas nous y opposer légalement. Ça m’est déjà arrivé d’essayer de refuser des projets et d’être débouté au tribunal, puisque le PLU était respecté ; refuser un permis aurait été un excès de pouvoir. Pour les opérateurs, la rapidité des procédures est cruciale : si l’on entre dans un processus administratif conflictuel, les délais s’allongent considérablement — parfois trois ans pour les recours. Cela crée de la tension, et une entreprise n’a jamais intérêt à passer en force. »

Gilles Poux,
Maire de La Courneuve

Jean-Baptiste Rey,
Directeur général adjoint d'EpaMarne – EpaFrance

« L’enjeu, pour un établissement public d’aménagement comme EpaMarne ou EpaFrance, n’est pas le data center en tant que tel — nous en accueillons déjà sur le territoire — mais la manière dont ces projets sont conçus. Nous intervenons très en amont : intégration urbaine, acceptabilité territoriale, qualité architecturale, flexibilité énergétique, utilisation de l’énergie fatale pour les réseaux de chaleur urbains, priorités d’implantation sur des friches. Cette approche permet de sécuriser les projets, d’éviter des engagements fonciers prématurés et de garantir des data centers de nouvelle génération, compatibles avec la trajectoire ZAN, plus sobres en énergie et pleinement intégrés à la ville. »

« On nous impose aujourd’hui de reproduire en France un modèle d’hyperscales : des entrepôts de plus de 100 000 m², pensés comme des actifs immobiliers gigantesques. Rien n’oblige à cela. On pourrait imaginer un autre modèle composé de plus petits data centers, mieux répartis territorialement et plus résilients. »

Axelle Champagne,
Directrice générale adjointe, Communauté d'Agglomération de Paris-Saclay

Pascal Thévenot,
Maire de Vélizy-Villacoublay

« L’intégration architecturale est cruciale : si ce n’est pas exigé, les opérateurs vont optimiser leurs coûts au détriment de l’esthétique et de l’environnement urbain. Je pose des exigences strictes : tous les équipements techniques et machines sont intégrés à l’intérieur du bâtiment, rien sur la terrasse ni à l’extérieur, pas de groupes électrogènes visibles sur le parking. »

« Lorsqu’on nous propose d’implanter un data center de plusieurs hectares, avec des dizaines de mètres de hauteur, en face de quartiers pavillonnaires ou de cités-jardins, où cohabitent jolies meulières, maisons ouvrières et projets de logements, se pose la question de l’intégration urbaine. »

Camille Gicquel,
Adjointe au Maire d'Argenteuil

Geoffroy Boulard,
Vice-Président de la Métropole du Grand Paris et Maire de Paris 17e

« L’image dominante reste celle du gros data center très visible, mais il existe aussi des solutions plus discrètes : des petites infrastructures, parfois en sous-sol, permettant un maillage territorial plus adapté et moins intrusif. »

« Je trouve dangereux de centraliser des méga data centers. Un data center unique, même très sécurisé, est vulnérable — il peut par exemple être neutralisé en cas de guerre hybride. La concentration des infrastructures peut devenir un vrai risque. À l’inverse, des micro-installations interconnectées sur le territoire offrent une résilience bien plus grande : si l’une d’elles tombe, les autres prennent le relais. »

Arnaud Lodiot,
Chef de projet aménagement numérique, Métropole Grand Lyon

Norbert Friant,
Direction des Services Numériques, Rennes Métropole / Ville de Rennes

« Les risques cyber et les enjeux de continuité de service conduisent aujourd’hui à remettre en cause la centralisation excessive des infrastructures numériques. La performance peut devenir un facteur de vulnérabilité ; il devient préférable de rechercher des architectures distribuées, maillées et polymorphes. Une collectivité a tout intérêt à s’appuyer sur plusieurs points d’appui dans son architecture réseau, inscrits dans une logique de coopération inter-territoriale pour permettre une garantie de fonctionnement par substitution en cas de défaillance. »

« Si l’on agrège l’ensemble des projets en cours dans notre collectivité, cela représente 100 à 110 hectares de foncier consommés — un ordre de grandeur comparable à Paris-La Défense — 1,2 à 1,3 GW de puissance électrique appelée, et plus de 500 000 m² de surfaces bâties, soit l’équivalent de l’ensemble du patrimoine des parcs d’activités du territoire. Le problème ne tient pas tant à chaque projet pris individuellement qu’à l’agrégation des projets, qui bouleverse l’équilibre territorial. »

Une collectivité du sud francilien

Maîtriser l’emprise foncière face au ZAN

La tension foncière impose d’orienter les implantations vers des stratégies d’optimisation de l’espace.

  • Recyclage urbain : L’implantation sur des friches industrielles, des zones d’activités existantes ou par reconversion de bâtiments permet de limiter l’artificialisation des sols et de s’aligner sur les objectifs du ZAN (Zéro Artificialisation Nette).
  • Verticalisation et compacité : Lorsque le contexte urbain le permet, la construction en hauteur est une solution technique viable pour réduire l’emprise au sol d’un data center.
  • Le coût d’opportunité : Accepter un projet très étendu nécessite de mesurer ce à quoi le territoire renonce (logements, industrie, logistique) sur un foncier devenu rare.

Qualité urbaine, nuisances et effets de concentration

L’acceptabilité locale exige d’anticiper les effets sur le voisinage immédiat et d’exiger un véritable projet architectural.

  • Lutter contre l’effet d’enclave : Un data center ne doit pas être un « bunker ». La collectivité doit exiger un travail sur les façades, la pleine terre, le recul et l’intégration des équipements techniques pour limiter les ruptures visuelles.
  • Anticiper les nuisances sonores : Le bruit continu des systèmes de refroidissement et les tests réguliers des groupes électrogènes de secours nécessitent des études acoustiques robustes et un traitement à la source (encoffrement, silencieux) dès le stade de la conception.
  • L’effet de cumul : La bonne échelle d’analyse n’est pas toujours le projet isolé, mais le cumul des projets (concentration, clusters) qui peut engendrer des tensions accrues sur les infrastructures locales.
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